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Maroc : 29 octobre, la journée des disparus

, par Hayat Boustajeudi 26 octobre 2017

Il y a 52 années que la famille de Mehdi Ben Barka, ses amis et les militants démocrates toutes générations et nationalités confondues réclament que la vérité soit faite sur cette personnalité de la gauche marocaine et du Tiers Monde : « Qui l’a frappé ? Où ? Quel jour ? Comment est-il mort ? Qu’a – t-on fait de son corps ? Autant de questions auxquelles nul d’entre nous ne peut répondre - pour l’instant ». C’est ce qu’écrivait Maurice Buttin, avocat de la famille, en 1970, cinq années après la disparition de Mehdi Ben Barka. Le travail sans relâche de la partie civile et de son avocat a permis, certes, des avancées sur certains points. Mais, il reste toujours que la famille ne peut faire son deuil.
Ne pas permettre à la famille de faire son deuil ne suffit apparemment pas. Adversaires de la vérité, les détenteurs du pouvoir mais aussi certains de ceux qui se réclamaient être parmi ses plus fidèles compagnons emploient toutes les manœuvres pour le calomnier. C’est le cas de Hamid Berrada, ancien journaliste à Jeune Afrique qui publiait, alors, des textes élogieux sur Mehdi Ben Barka et se mobilisait pour la vérité sur son enlèvement. Le 10 mai 2016, dans un droit de réponse, Bachir Ben Barka écrit : «  Dans une rubrique parue dans l’hebdomadaire marocain Tel Quel sous le titre « L’affaire Ben Barka, un général, mais quel général ? », Hamid Barrada, devenu depuis longtemps la plume supplétive, haineuse des adversaires et des ennemis de Mehdi Ben Barka, atteint l’abject et le méprisable. Il insinue que le 29 octobre 1965, Ben Barka n’avait pas rendez-vous avec le Général de Gaulle, mais, sous-entend que c’était avec le général Oufkir, cherchant ainsi à faire croire au lecteur non averti par cette manoeuvre grossière qu’il n’y avait pas eu de complot ni de préméditation pour organiser la disparition de Mehdi Ben Barka. »
Et, quand on ne peut plus calomnier, il faut oublier ses trajectoires politiques. Ce fut le cas en juin 2017, pendant la commémoration de ce chantier si historique du Maroc après l’indépendance : la Route de l’Unité. A cette commémoration, Mehdi Ben Barka ne fut jamais cité alors qu’il avait mobilisé et fédéré les jeunes autour de lui pour la réalisation de ce chantier qu’il présentera au roi Mohamed V en juin 1957.
A différentes étapes de cette « Route », il dialoguait avec les populations, en souhaitant que des actions d’alphabétisation soient mises en place pour les hommes comme les femmes. Il voulait que cette expérience soit capitalisée au mieux pour le Maroc Nouveau comme l’atteste sa déclaration le 17 octobre 1958 à la fin de ce chantier : «  Nous voici maintenant en présence d’un potentiel considérable au service du Pays(…) Le volontariat de la jeunesse n’est pas terminé : il commence !  » ainsi que la création des « Bâtisseurs de l’Indépendance », lancée àl’issue de la « Route de l’Unité ». Ce fut aussi cette préoccupation qu’il abordera lors de son discours du 31 juillet 1958 : « vers la construction d’une société nouvelle ».
En calomniant, en détournant les faits historiques, il en reste certes quelque chose. Mais cela ne peut en rien détourner les démocrates pour la recherche de la vérité et pour contre carrer ces mensonges. Ils résistent.

Cette résistance, en cette journée nationale des disparus, est dignement exprimée par les familles des disparitions forcées au Maroc. La mère de Houcine Elmanouzi était une mère courage qui sans relâche restait debout pour réclamer la vérité sur le sort de son fils, syndicaliste et opposant politique au régime de HassanII et qui fut enlevé en 1972 à Tunis. Elle déclarait entre autre : «  Houcine est vivant et le sera au regard de sa famille et ses amis dès lors que ses geôliers et ses tortionnaires sont libres sans punitions ». Elle décède le 30 octobre 2016, sans connaître la vérité sur le sort de son fils mais en ayant tout fait pour que ce combat continue. Plusieurs autres familles, constituées en collectif, mènent des actions courageuses contre l’oubli, actions symboliques de la dignité et de la fierté. Ce 15 octobre 2017 fut encore une fois organisée la Marche Nationale pour la Vérité sur le sort des disparus et des prisonniers politiques. Une Marche conjointe avec l’organisation Hirak du Rif dont plusieurs militants ont été emprisonnés pour leur participation aux manifestations pacifiques à El Hoceima cette année.

Depuis 1956, date de « l’indépendance », cette région (en particulier le Rif oriental et le Rif central) fut marginalisée par les rois Mohamed V comme Mohamed VI (malgré des promesses) en passant par Hassan II qui, en 1984, n’a pas hésité à réprimer sauvagement les manifestants de Nador dans le Rif oriental[, faisant 150 à 200 morts. Une région dont la population a montré, pendant la période coloniale, sa détermination de libération ; Une population à l’encontre de laquelle les colonisations n’ont pas hésité à utiliser des armes chimiques . [1]
Aujourd’hui, pour avoir manifesté contre la marginalisation de leur région, les populations de El Hoceima dans le Rif central ont subi brimades et arrestations arbitraires. Ces manifestations contre toutes les formes de mépris ont mobilisé tous les marocains comme ce fut le cas le 8 octobre 2017 lors des Marches suivies au niveau national et, dans plusieurs régions, l’appel pour un sit-in ce 28 octobre 2017.

C’est un combat pour la vérité, contre l’oubli et toutes les formes d’impunité. C’est une mise en garde contre l’escalade liberticide sous couvert « d’avancées démocratiques » plébiscitées et instrumentalisées par « les amis du Maroc ».

Notes

[1] "De la guerre chimique impérialiste à la répression du Hirak social." Mustapha Bencherif- 2017.

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